ÉRIC CIOTTI MÈNE UNE ACTION INSUFFISANTE EN FAVEUR DES PERSONNES EN SITUATION DE HANDICAP
Un retard structurel qui enferme les personnes en situation de handicap
Le taux d’équipement en établissements et services pour personnes en situation de handicap révèle une réalité brutale : les Alpes-Maritimes sont en retard, et ce retard a des conséquences humaines directes.
Selon les données 2024 de l’INSEE, notre département ne compte que 3,4 places pour 1 000 personnes en situation de handicap âgées de 20 à 59 ans, contre 4,2 au niveau national. Pour les moins de 20 ans, le constat est tout aussi alarmant : 6,3 places pour 1 000 jeunes, quand la moyenne nationale atteint 7,7.
Derrière ces chiffres, ce sont des familles laissées sans solution, des parcours bloqués, des personnes contraintes à l’attente, à l’éloignement ou à des prises en charge inadaptées. Ce n’est pas un simple écart statistique : c’est un manque de volonté politique qui prive des milliers de Maralpins de leurs droits fondamentaux à l’accompagnement et à la dignité.
Une prise en charge défaillante et ressentie comme telle
Le baromètre de la CNSA est sans appel. Dans les Alpes-Maritimes, seulement 61 % des personnes en situation de handicap et de leurs proches se déclarent satisfaits de la prise en charge par la MDPH. À l’échelle nationale, ce taux atteint 69 %.
Cet écart n’est pas anecdotique. Il traduit des démarches trop longues, des réponses inadaptées, un accompagnement perçu comme insuffisant par celles et ceux qui en dépendent au quotidien. Quand près de 4 usagers sur 10 expriment leur insatisfaction, ce n’est plus un dysfonctionnement ponctuel : c’est un échec structurel du service public départemental.
Plus de besoins, moins de moyens : le choix cynique du Département
Les chiffres de la DREES révèlent une contradiction majeure dans la politique départementale. Dans les Alpes-Maritimes, 9,5 personnes en situation de handicap pour 1 000 habitants bénéficient d’une aide sociale départementale, contre 6,3 au niveau national. Notre territoire compte donc davantage de personnes éligibles, et des besoins objectivement plus élevés.
Pourtant, les moyens ne suivent pas. La dépense annuelle moyenne par bénéficiaire s’élève à 11 530 €, bien en-deçà de la moyenne nationale de 15 382 €.
Le constat est sans appel : plus de bénéficiaires, mais moins de moyens par personne. Ce choix budgétaire traduit un abandon silencieux des Maralpins les plus précaires, contraints de se contenter d’un accompagnement appauvri, là où l’État et les autres départements investissent davantage.
Allocation adulte handicapé : un droit à vie encore refusé à trop de personnes lourdement handicapées
Depuis 2018, la loi permet aux personnes dont le handicap est irréversible de bénéficier de droits sans limitation de durée, afin de mettre fin à des démarches administratives absurdes et répétées. Une avancée essentielle pour la dignité des personnes concernées.
Pourtant, dans les Alpes-Maritimes, cette avancée est largement sous-appliquée. Selon le baromètre de la CNSA, seulement 41 % des bénéficiaires de l’AAH ayant un taux d’incapacité d’au moins 80 % disposent de droits attribués sans limitation de durée, contre 59 % au niveau national.
Autrement dit, dans notre département, des personnes lourdement handicapées sont encore contraintes de prouver, encore et encore, que leur handicap n’a pas disparu. Ce retard n’est ni technique ni juridique : il révèle une gestion administrative rigide, qui ajoute de la précarité et de la fatigue là où la loi permet enfin la stabilité et la reconnaissance.